L’agence du mĂ©dicament (Afssaps) a lancĂ© mardi une mise en garde contre la prescription Ă des enfants ou des adolescents d’anti-dĂ©presseurs comme le Prozac sans surveillance mĂ©dicale extrĂȘmement stricte et sans association avec une psychothĂ©rapie.
Pas moins de 10.000 enfants et 30.000 adolescents, soit un cinquiĂšme de ceux souffrant de dĂ©pression, sont traitĂ©s chaque annĂ©e par anti-dĂ©presseur, a indiquĂ© mardi lors d’une confĂ©rence de presse Anne Castot, responsable de dĂ©partement Ă l’Agence française de sĂ©curitĂ© sanitaire des produits de santĂ© (Afssaps).
A l’exception de deux antidĂ©presseurs traitant les troubles obsessionnels compulsifs (TOC), tous les “inhibiteurs sĂ©lectifs de la recapture de la sĂ©rotonine” (ISRS) -dont fait partie le Prozac- Ă©taient jusqu’Ă rĂ©cemment dĂ©conseillĂ©s aux enfants et adolescents, du fait d’un risque de comportement suicidaire.
Mais en 2006, le Prozac (laboratoire Lilly) et les mĂ©dicaments gĂ©nĂ©riques du mĂȘme type (principe actif : fluoxĂ©tine), autorisĂ©s depuis 1988 pour les adultes, ont reçu une autorisation europĂ©enne de mise sur le marchĂ© pour les enfants et les adolescents, compte tenu de leur efficacitĂ©. Avec comme indication le traitement de dĂ©pressions caractĂ©risĂ©es d’intensitĂ© modĂ©rĂ©e Ă sĂ©vĂšre en association Ă un traitement psychothĂ©rapeutique.
Pourtant, une Ă©tude chez le rat juvĂ©nile a “montrĂ© clairement des anomalies inquiĂ©tantes”, selon Mme Castot, avec troubles de la croissance, de la maturation sexuelle et des organes sexuels (anomalies testiculaires, diminution irrĂ©versible du nombre de spermatozoĂŻdes…).
“Il ne s’agissait que d’une seule Ă©tude sur une seule espĂšce animale, mais prĂ©occupante”, a-t-elle indiquĂ©. Pour elle, “c’est un signal qu’il est trĂšs important de ne pas oublier”.
Les autorités européennes ont demandé au laboratoire Lilly des études complémentaires, dont les résultats ne sont pas encore connus.
AprĂšs 18 mois de rĂ©flexion, l’Afssaps a tout de mĂȘme entĂ©rinĂ© cette extension aux enfants et adolescents, mais avec de fortes rĂ©ticences.
“Nous avons travaillĂ© avec des professionnels pour Ă©viter la banalisation de l’usage, mais il y a des situations, oĂč il est impossible de se passer d’anti-dĂ©presseur”, a notĂ© le directeur gĂ©nĂ©ral de l’Afssaps, Jean Marimbert.
L’Afssaps a donc Ă©mis mardi des recommandations supplĂ©mentaires. D’abord, seuls les cas sĂ©vĂšres ou extrĂȘmes de dĂ©pression enfantine peuvent ĂȘtre traitĂ©s au Prozac, l’ordonnance pouvant ĂȘtre Ă©tablie “seulement par un pĂ©dopsychiatre”. La psychothĂ©rapie reste le traitement de premiĂšre ligne.
Le risque de comportement suicidaire doit ĂȘtre surveillĂ©, surtout en dĂ©but de traitement.
Le suivi de la croissance et du dĂ©veloppement pubertaire est Ă©galement impĂ©ratif pour les enfants traitĂ©s avant la pubertĂ©. “Au-delĂ de trois mois de traitement, l’enfant doit ĂȘtre vu par un endocrino-pĂ©diatre”, estime l’Afssaps.
L’agence a Ă©galement mis en place un dispositif spĂ©cifique de suivi de pharmacovigilance national pour dĂ©celer tout risque.

